Conférence-débat "l'agriculture sarthoise dans une perspective européenne" avec Anne-Marie CROLAIS
Vaas, 20 mai 2009
Anne-Marie Crolais, candidate sur la liste du Mouvement Démocrate sur la région Grand Ouest, a participé à un échange sur le thème de l'agriculture et de l'Europe avec des agriculteurs sarthois à Vaas, dans le sud Sarthe. Morceaux choisis (rédaction à partir de notes, seul le prononcé fait foi).
De l’engagement syndical à l’engagement politique
La réunion est introduite par Fabienne JAUNAY, animatrice de la section Val de Loir du Modem Sarthe, puis par Waltraud ESNEE, présidente du Modem Sarthe.
Invitée à se présenter, Anne-Marie CROLAIS explique notamment son engagement politique qui l’a amenée à devenir conseillère régionale en Bretagne et à accepter d’être présente sur la liste Mouvement Démocrate aux élections européennes. Cet engagement est la conséquence de son souhait de défendre le monde rural et l’espace rural dans la sphère politique, combat difficile car les agriculteurs y sont peu représentés.
Elle en profite pour dire tout le bien qu’elle pense de la liste constituée par Sylvie GOULARD, faite de personnes qualifiées, reconnues dans leur profession, et qui acceptent de passer du temps pour la politique et pour l’Europe.
L’Europe agricole : des Etats vers les citoyens
Waltraud ESNEE démarre la réunion par une brève explication des institutions européennes et des enjeux actuels. Elle met notamment en avant le fait que parmi les débats actuels autour du traité de Lisbonne se joue la révision du poids de chaque état en droit de vote dans les institutions européennes, et notamment au Parlement dont les pouvoirs vont être renforcés. Cette révision génère forcément des insatisfactions chez certains états qui peuvent être « perdants » dans cette renégociation.
Réponse à questions :
- ce sont les états qui désignent les commissaires européens, mais si le traité de Lisbonne est mis en œuvre, le Parlement aura pouvoir de nomination du Président de la Commission Européennes (il est aujourd’hui juste consulté par le Conseil des chefs d’états européens)
- le Traité de Lisbonne augmente le nombre de domaines de compétence où Parlement Européen dispose du pouvoir de co-décision avec le Conseil des chefs d’états européens. La PAC (politique agricole commune) va entrer dans ses compétences, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent.
L’agriculture en Sarthe
Michel PLEYNET, adjoint au maire de Vaas, présente le visage de l’agriculture en Sarthe. Ce secteur est très diversifié dans notre département : lait, porc, œufs, arboriculture, viticulture, etc… Il représente 5900 exploitations de 94 hectares en moyenne, pour 8000 emplois. Vous trouverez d’autres informations ici.
Histoire de la PAC
Anne-Marie CROLAIS introduit alors l’échange qui va suivre par un historique de la politique agricole commune.
La PAC s’est construite pour nourrir l’Union Européenne, à une époque qui connaissait les tickets de rationnement alimentaire. Elle a en cela été essentiellement orientée dans un premier temps vers la production. Ses objectifs aujourd’hui ont nettement évolué et nécessite de la revoir pour satisfaire à la fois à des critères environnementaux, tout en continuant à nourrir une population croissante et en cherchant à faire vivre les agriculteurs européens de leur production.
La PAC a beaucoup bénéficié aux agriculteurs de l’Ouest depuis 1950, dont les exploitations étaient essentiellement de très petites exploitations de moins de 10 ha, difficiles à vivre. Elle a permis à nombre d’agriculteurs de survivre. Elle a ouvert tout un marché à la production agricole de l’Ouest.
Aujourd’hui, l’agriculture est un domaine complètement intégré à l’Europe. Le budget national est d’ailleurs minime, et essentiellement consacré à l’aménagement du territoire.
Un point faible de l’Europe est la dépendance de son élevage vis-à-vis du soja, ce qui s’est vérifié il y a quelques années avec l’embargo américain sur le soja. L’indépendance alimentaire s’est révélée comme une arme économique majeure.
La crise du lait
Les agriculteurs investissent sur la base d’un prix du lait à 28 centimes le litre. Ce prix est passé de 30 centimes l’an dernier, à 20 centimes cette année, sans changement sur les prix pour le consommateur final. D’où la crise actuelle.
Le problème européen est la perspective de révision en 2012 de la PAC, et de la préparation qui est actuellement menée par la Commission Européenne visant à supprimer les quotas laitiers et les aides qui vont avec pour libéraliser et déréguler ce secteur. Cette préparation se fait par l’augmentation progressive des actuels quotas, qui libère la production, augmente l’offre et donc diminue les prix à des niveaux qui ne peuvent pas être supportés par les petites exploitations. On nous mène ainsi vers une politique de très grosses exploitations, ce qui va à l’encontre du modèle agricole français fait de diversité et d’exploitations familiales.
La position française dans son contexte idéologique
L’état français a les moyens de réagir face à la crise du lait par un travail d’explication au niveau européen. Il y est cependant peu disposé du fait du choix politique de favoriser la baisse du prix du panier de la ménagère, pour tenter de favoriser le pouvoir d’achat autrement que par une hausse des revenus.
Le débat de fond sur l‘agriculture en Europe et dans le monde
Deux visions de l’agriculture mondiale s’opposent aujourd’hui. D’une part, une agriculture mondialisée, basée entièrement sur la loi de l’offre et de la demande, donnant la part pleine aux échanges commerciaux mondiaux. D’autre part, une vision d’autosuffisance alimentaire par grandes régions du monde (Europe, Afrique, etc…), encourageant par exemple une gestion régulée par des PAC par zones.
Où en est l’agriculture en France ?
Des questions dans l’assemblée ont mis en avant la crainte liée à la perte de surface rurale au détriment de l’urbain, dans un contexte de transition d’une agriculture en surproduction vers une agriculture respectueuse de l’environnement et de la santé. Nourrir plus de personnes tout en gardant ou améliorant une qualité alimentaire implique un besoin de surface agricole plus important, ce qui a un impact très concret sur les PLU (plan local d’urbanisme) des communes françaises, mais difficilement compréhensible par le grand public qui est demandeur de plus d’espace d’habitation. Anne-Marie CROLAIS a illustré cette situation par une revendication des agriculteurs qui militaient pour la limitation des surfaces d’habitation en lotissement lors d’une révision du PLU de Saint-Brieuc. Une personne dans la salle a à ce sujet regretté le désintérêt des habitants lors des révisions de PLU.
Agriculture et qualité
L’Europe est le continent le plus attentif au respect de la qualité pour son agriculture. Ne nous plaignons-nous pas de toutes ces normes à respecter lorsque des investissements doivent être faits sur des exploitations ? Une serre de salades est aujourd’hui stoppée si elle ne répond pas aux normes sanitaires imposées. Un cochon malade traité à l’antibiotique doit être mis en quarantaine et l’on doit laisser passer un temps minimum avant son passage en abattoir, sinon c’est l’équarissage.
Le bio participe à l’amélioration de la qualité et est en cela un bien. Il ne faut pas cependant que le développement du bio se fasse en dénigrant l’agriculture raisonnée, ou en favorisant des effets pervers qui génère par exemple une importation de bio au détriment de la production de proximité. Cette production de proximité devrait d’ailleurs être progressivement favorisée lorsque l’énergie se raréfiera en impliquant une augmentation des coûts de transports.
Questions diverses
Une question a été posée sur l’engagement européen des candidats. La réponse du Mouvement Démocrate est le choix de têtes de listes éligibles qui se sont clairement engagées pour le plein accomplissement de leur mandat européen, en s’appuyant sur un réseau de terrain constitué par leurs co-listiers non éligibles.
Une dernière question a abordé le problème de la déconnexion entre les pêcheurs et l’Europe. Anne-Marie CROLAIS renvoie au discours de François BAYROU à Bouin, à l’occasion de la campagne européennes, précisant notamment la nécessité que scientifiques et pêcheurs se parlent vraiment.